samedi 8 octobre 2016

Les monnaies de nécessité pendant la première guerre mondiale

Les billets de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Saint-Dizier 
  
Dès les premiers jours de l’entrée en guerre, les habitants se sont mis à thésauriser pour faire face à leurs besoins d’argent pour les semaines à venir, mais surtout parce que le système du franc germinal était basé sur une correspondance de la valeur de la monnaie à des réserves en or et en argent. Dès 1914 les pièces en or, en argent et en bronze qui avaient alors une valeur faciale inférieure à leur masse métallique furent systématiquement conservées par les particuliers. Mais ces monnaies qui circulaient de moins en moins n’étaient pas sans poser des problèmes aux commerçants qui avaient de plus en plus de difficultés dans leurs transactions quotidiennes. Dès le 7 août 1914, la Chambre de Commerce de Paris demanda l'autorisation d’émettre des bons au porteur de 0,50 franc, 1 franc et 2 francs garantis par des fonds en contre-valeur déposés à la Banque de France. Ayant obtenu l’accord de son ministère de tutelle, la plupart des Chambres de Commerce départementales se lancèrent dans l’impression de monnaies de guerre, appelées aussi monnaies de nécessités ou obsidionales.
        En Haute-Marne, la Chambre de Commerce de Saint-Dizier réalisa plusieurs émissions de billets de 0,50 Franc et de 1 Franc. Celles-ci furent autorisées par diverses délibérations de la chambre consulaire. La première fut prise le 11 novembre 1915, sans se douter que trois ans après cette date serait celle de l’armistice. L’impression des billets a été confiée à l’imprimerie Thévenot de Saint-Dizier qui sortit des rotatives des billets de différentes couleurs.  Celui de 0,50 franc est imprimé sur un papier sans filigrane, en vert sur fond orange. Y sont présentes deux signatures, celles du Président et du Trésorier de la CCI. Comme tous les billets ceux-ci sont numérotés en noir. Le nom de l’imprimeur y figure en bas à gauche, et son lieu d’implantation, Saint-Dizier en bas à droite. Le verso est imprimé en marron sur fond blanc, et il indique que le remboursement aura lieu au plus tard le 11 novembre 1920, et seront payables à vue par sommes rondes de 20 francs au moins. Il était donc exclu de rembourser quelques billets isolés aux particuliers. Ceci explique, en partie au moins, qu’un certain nombre de billets ait survécu au pilon, et qu’ils fonts aujourd’hui le bonheur des collectionneurs. Le billet de 1 franc diffère uniquement par les couleurs employées. Il est imprimé en bleu sur fond rose, et les coordonnées de l’imprimeur sont rassemblées au centre de la marge basse au lieu d’être renvoyées aux deux extrémités.
        Il y eut en tout quatre émissions consécutives aux délibérations du 11 novembre 1915, du 17 avril 1916, du 12 décembre 1916 et du 7 novembre 1917, pour chacune des valeurs faciales. Les billets ne changèrent pas de motif, ni de date de remboursement qui était toujours prévu le 11 novembre 1920. Si l’année 1918 ne vit pas d’émission, c’est en premier parce que pendant les années de guerre, la frappe de monnaie « nationale » continuait mais elle n’était pas suffisante pour faire face à la thésaurisation. En 1918, l’entrée en guerre des américains avait redonné confiance et aucune émission de billets ne fut décidée par la Chambre de Commerce et d’Industrie. On pensait qu’avec l’armistice tout allait s’arranger. Ce fut vrai pour l’année 1919, mais en 1920 la frappe des pièces de monnaie de 0,50 franc et 1 franc connut un creux avec trois fois moins de pièces que les années précédentes.         La reprise de l’activité économique se faisant, et la monnaie se tarissant, la Chambre de Commerce de Saint-Dizier s’est à nouveau résolue à procéder à l’émission de billets de nécessité. La délibération du 14 avril 1920 décide de confier l’impression de billets de 50 centimes et de 1 franc aux établissements André Brulliard de Saint-Dizier. Ceux-ci sont tous imprimés en vert sur du papier sans filigrane, mais avec un motif différent des billets de la période de guerre. La valeur faciale est en rouge, et ils portent la mention série B ainsi que le blason de la ville bragarde. Ils comportent toujours les signatures du Président et du Trésorier, mais cette fois ci, ils sont remboursables jusqu’au 11 novembre 1925.
        Une troisième série de billets de même valeur faciale sera autorisée le 7 juin 1921. Elle ne variera de la précédente que par l’apposition de l’expression « Série C » et par la couleur du blason de Saint-Dizier qui passera du vert au rouge, tout comme le caducée du verso. Il est à noter que les deux faces des séries B et C se ressemblent, tandis que le verso de ceux de la première série  rappelaient seulement la valeur faciale en gros caractères ainsi que le mode de remboursement dans un cartouche rond. Pour les séries B et C, il n’était plus prévu de somme minimale pour l’échange des billets, alors qu’il était obligatoire d’apporter au moins 20 francs en monnaie de guerre pour obtenir des pièces et billets ayant cours dans toute la France, et la qualité d'impression était beaucoup plus qualitative alors que les premiers émis qui avait des marges irrégulières, voire quasiment absentes.
        La Chambre de Commerce de Paris qui était à l’origine de cette initiative n’émettra finalement une monnaie de nécessité qu’en 1920 alors qu’en province la raréfaction de la monnaie s’est fait ressentir plus rapidement. La multiplication des émissions a été rendue nécessaire par l’usure rapide de ces coupures et peut être aussi par leur dispersion en dehors du territoire des Chambres de Commerce locales. C’est ainsi que des pièces de 2 francs furent frappées au nom des Chambre de Commerce de France en 1920, en plus des pièces de 50 centimes et 1 franc des billets de nécessité. Des entreprises et organisations privées, touchées par le même phénomène mais qui avaient également compris qu’elles fidélisaient ainsi leur clientèle, voire la rendaient captive, ont également émis des pièces, qui bien qu’elles ne soient pas facilement datables sont rattachables à cette période : La Société de Consommation de l’Est de Chalindrey (5 centimes), la Société Coopérative de Joinville (25 centimes), la Société d’alimentation l’Econome de Nogent (5 centimes), ainsi que la Colonie industrielle de jeunes détenus de Nogent (10 centimes). La mairie de Wassy a également émis sa propre monnaie sous forme de bons. D'une valeur faciale allant de 0,25 à 1 franc, ces bons datés de 1915 et 1916 n'étaient pas numérotés mais étaient signés du maire de l'époque, Maitrot, qui s'engageait à les rembourser à vue.  En 1925, une loi a décidé du retrait définitif des billets et monnaies de nécessité encore en circulation.

samedi 14 février 2015

Le pouvoir de dire "Non !"

Dès juin 1940, un allemand fait de la résistance en Haute-Marne

Philipp von Boeselager se destinait à des études de droit pour devenir diplomate, mais c’est finalement l’armée qu’il rejoint. Jeune officier, il entre dans la résistance allemande en 1942. Agé alors de 24 ans, l'opinion de Boeselager envers le gouvernement nazi changera en juin 1942, après avoir appris que cinq Roms avaient été assassinés à cause de leur appartenance ethnique.

Avec Günther von Kluge, dont il est un des aide de camp à l’état-major du groupe d’armées du Centre, il rejoindra le complot en vue d'assassiner Hitler, et fait ainsi la connaissance du général Henning von Tresckow qui cherche alors à constituer un réseau de militaires pour éliminer Hitler. Philipp von Boeselager participe à un premier projet d’attentat le 13 mars 1943. Aux côtés de huit autres tireurs, dont son frère, il est chargé de viser Hitler et Himmler, mais l’opération est annulée à la dernière minute. Von Boeselager a toujours conservé l’arme par laquelle Hitler aurait dû mourir, "c’était ce jour qu’il fallait tirer". Spécialiste en matière d’explosif, il participa à deux autres tentatives infructueuses, cette même semaine de mars 1943. Suite à ces échecs, une opération de plus grande envergure fut planifiée pour l’été 1944. C’est l’opération « Walkyrie ». Outre l’assassinat de Hitler, elle visait à renverser le régime du IIIe Reich. Le 20 juillet, tandis que le comte Claus von Stauffenberg était chargé de placer une bombe dans le quartier général du Führer en Prusse-Orientale. Philipp von Boeslager, qui conduisait six escadrons de cavalerie de 1200 hommes vers à Berlin, devait profiter de la confusion générale due à l’explosion pour conduire le putsch. Avant son arrivée à Berlin, un message annonçât à Philipp von Boeslager que l’opération avait échoué et que Hitler avait survécu à l’explosion de la bombe. Boeslager put faire demi-tour avec ses troupes et échapper ainsi à la terrible répression qui suivit cet attentat manqué. En effet tandis que la plupart des conjurés furent exécutés, la participation de Boeslager à cet attentat resta inconnue jusqu’à la fin de la guerre.

Le 17 juin 1940, Philipp von Boeselager est en Haute-Marne. Il fera un acte de résistance resté peu connu, et dont vous trouverez pour la première fois le récit dans un livre sur le département.
La Haute-Marne dans la guerre 1939-1945 vous fera découvrir de nombreux aspects méconnus d’une des plus importantes pages d’histoire locale. Plus de 440 pages pour seulement 26,00€. Dans toutes les bonnes librairies du département à partir de la mi-février 2015.   

samedi 27 septembre 2014

La Haute-Marne américaine 1917-1919

 

Quand les sammies cantonnaient dans pratiquement tous les villages du département

 
En septembre 1917, le général Pershing commandant en chef du corps expéditionnaire américain installe son quartier général à Chaumont. C'est le début de l'arrivée des troupes en territoire haut-marnais. Ils viendront par centaines de milliers sur les différentes zones d'entrainement du département, et installeront des hôpitaux gigantesques, des voies ferrées, le téléphone, des écoles, etc. Des travaux titanesques dont chacun a aujourd'hui beaucoup de mal à mesurer l'ampleur et dont il ne reste aucun vestige, tout ayant été vendu et démantelé après l'armistice. Avec leur installation des progrès technologiques et médicaux sont survenus: expérimentation de l'ergothérapie pour soigner les maladies psychiatriques à Lafauche, création de la léwisite encore utilisée dans certains protocoles chimiothérapiques, adoption de l'aviation et création de l'armée de l'air américaine, ainsi que des corps de chars de combat à Bourg, la création de la 2ème division américaine à Bourmont, etc...  
On y enseigne la guerre des tranchées, des gaz, la météorologie, le renseignement, à Langres, on y forme des postiers, des aumôniers, des musiciens, des officiers et sous-officiers, des conducteurs de chars, etc. Des parcs de matériels, des usines d'entretien et des terrains d'aviation voient le jour, etc. Cet ouvrage décrit, grâce aux notices rédigées par les instituteurs,  aux historiques régimentaires américains, ainsi que par des ouvrages sur l'histoire de l'armée américaine, les conditions de vie des sammies et le choc des cultures entre les ruraux du vieux monde et les urbains venus d'outre atlantique. Des témoignages d'époque viennent compléter le point de vue que chacun avait sur l'autre, le tout pour essayer de vivre ensemble pendant tout le temps que dura l'intervention américaine.  
Un livre à offrir ou à s'offrir pour mieux connaître cette page d'histoire de notre département aujourd'hui oubliée au profit de l'intervention américaine de la seconde guerre mondiale. Prix 25,00 + 4,65 euros de port. Les commandes peuvent se faire directement auprès de l'auteur de ce blog à l'adresse didier.desnouvaux@laposte.net
 
 

 

mercredi 6 août 2014

Les premiers morts de la guerre de 14


Pour ne jamais oublier
Lu dans le Petit Haut-Marnais des samedi 15 et dimanche 16 aout 1914:
« Chaumont, 14 aout 9 heures ½ matin.
René Stéphane Meilley, né à Villiers le Sec, caporal au 152ème d’infanterie, 24 ans, tué sur le champ de bataille à Lutterbach, le 9 aout à 18 heures…
La nouvelle vient de tomber sur Chaumont.
Et les femmes, saisies d’angoisse, longuement, se sont regardées. C’est le premier. L’affreuse chose qu’est la mort, a commencé de bouger. Sa froide main décharnée s’est posée sur un jeune front. Haut les cœurs !  La mort n’est cruelle qu’à ceux qui demeurent : les défunts ne souffrent plus. Tué à l’ennemi !....  Ce n’est pas la fin inutile de l’homme qu’emporte une maladie, que couche dans la terre un stupide accident. C’est la fin utile et nécessaire hélas !  la fin glorieuse du soldat qui s’est levé pour défendre une idée et une réalité, les immortels principes de la justice et du droit, l’indépendance morale, l’intégrité matérielle de sa Patrie. Mais une femme que nous saluons pleure et défaille : parce qu’il a protégé nos foyers menacés, plus jamais son fils ne reviendra au sien, au tiède foyer maternel. La mort !... la guerre qui a déchainé la mort ! l’Allemagne qui a déchainé la guerre !… ah ! les gueuses ! »
Contrairement à ce qu’affirme le journaliste du Petit Haut-Marnais, ce caporal du 152ème d’infanterie mort le 9 aout 1914 à Luspach n’est pas le premier militaire du département mort pendant ce conflit. Il a oublié Germain Dangois, né le 7 avril 1871 à Serqueux, soldat du 51ème Régiment d’Infanterie Territoriale tué le 5 aout 1914 à Plesnoy, tamponné par un train alors qu’il était en service.
C’est certes moins glorieux que de tomber sous les balles ennemies, mais la douleur des familles a été la même. Il n’y a pas de hiérarchie dans les Morts pour la France.
Le premier officier sera Abel Morat du 109ème Régiment d’Infanterie, né le 15 aout 1891 à Dommartin-le-Saint-Père, tué le 14 aout 1914 à La Plaine la veille de son vingt-troisième anniversaire.
Le 20 aout 1914 verra une véritable hécatombe : 5 tués haut-marnais sont à déplorer à Morhange dans les rangs du 160ème Régiment d’Infanterie.
LAIGNELET  Eugène Marie  né le 02-12-1881  à Romain-sur-Meuse         
MICHELIN  Marceau  né le 07-05-1888  à Thonnance les Moulins             
MOUGIN  Jules Henri  né le 10-10-1881  à Goncourt        
PICAUDE  Henri Joseph Marie né le 20-05-1881  à Graffigny Chemin      

THIVET  François Prosper  né le 04-11-1881  à Ravennefontaines
Le régiment chaumontais du 109ème RI aura malheureusement aussi son contingent de tués en 1914
GROSSETETE  Eugène Elie Victor  25-06-1889  Varennes sur Amance sous lieutenant mort le 29 ocotbre 1914 à Rentoire Pas de Calais  
GUILLEMIN  André Jules  27-07-1887  Laferté sur Aube mort le 20 – 09 -1914  Perthes les Hurlin (Marne)
Mort du 21ème RI en 914
MEULLE  Cyrille Auguste  18-06-1885  Voisey mort le 24 aout 1914 à Celles sur Plaine (88)
Le 221 RI aura aussi des pertes en 1914
ANDRE  Clément Marie Joseph  18-11-1887  Bannes mort le 22 08 1914 Sainte Marie aux Mines  
LINOTTE  Auguste Désiré  31-08-1884  Broncourt disparu à Sainte Marie aux Mines le 22 08 1914.   
MAROT  Maurice Henri  10-05-1887  Ecot mort le 21 08 1914 Krenz Haut Rhin alors qu’il était prisonnier.
Ce ne sont malheureusement que quelques exemples des trop nombreux décès qui auront lieu pendant ce conflit inutile.

vendredi 3 janvier 2014

Il y a 100 ans: La garde communale haut-marnaise de 1914


Un échec annoncé
Les corps spéciaux de garde civile, appelée aussi garde communale, sont une institution éphémère dont l’existence est attestée d'août à octobre 1914, mais qui fait l'objet de discussions entre 1913 et 1920. Dans son principe, il s'agit d'une milice composée de «citoyens de bonne volonté» qui se charge de maintenir l'ordre pendant la période de mobilisation, quand les besoins de surveillance s'accroissent et que l'effectif des forces de police se réduit.

Le 31 décembre 1913, le ministre de l’intérieur rend un rapport au président de la république, dans lequel il expose tout l’intérêt de la création d’une garde civile, et notamment que « La mobilisation aura pour effet de restreindre considérablement les forces de police qui, dans les agglomérations aussi bien que dans les campagnes, sont chargées de veiller au maintien de l'ordre et de la tranquillité publics. Le Gouvernement doit donc, dès le temps de paix, non seulement prévoir les mesures propres à assurer une surveillance aussi active qu'en période normale, mais encore se préoccuper de renforcer ses moyens d'action pour faire face aux nécessités d'une situation exceptionnelle. ». On s’attend donc bien à une entrée en guerre prochaine.
L’affaire est, sinon urgente, pour le moins entendue, puisque le décret d’application ne se fait pas attendre. Il est publié le 7 janvier 1914 :
Art. 1. Des corps spéciaux de gardes civils seront organisés dans les agglomérations importantes et partout où l'autorité le jugera utile. Ils auront pour mission de coopérer au maintien de l'ordre et de participer aux mesures de sécurité générale en temps de guerre dans les limites de leurs circonscriptions qui seront fixées par arrêté préfectoral.
Art. 2. Les gardes civils relèveront de l'autorité des Préfets dans les départements, du Préfet de Police dans l'étendue de son ressort.
Art. 3. Les corps spéciaux prévus à l'article 1er seront composés exclusivement de volontaires recrutés parmi les hommes suffisamment robustes et dégagés de toute obligation militaires.
Art. 4. L'engagement des gardes civils pourra être contracté dès le temps de paix ; il s'étendra à la durée de la guerre. Cet engagement pourra être résilié par les Préfets soit d'office, soit pour des raisons de santé, sur la demande des intéressés.
Art. 5. En cas d'invasion par l'ennemi du territoire de la circonscription à laquelle ils sont affectés, ces corps spéciaux sont dissous et l'effet des engagements prend fin ipso facto.
Art. 6. Les gardes auront droit à une indemnité journalière de subsistance dont le taux sera fixé pour chaque département, conformément aux instructions du Gouvernement.
Art. 7. Les gardes civils devront être munis d'un revolver dont le prix leur sera remboursé, sur leur demande, au moment de la mobilisation.
Art. 8. A ce même moment, les gardes civils recevront comme insigne un brassard de couleur vert olive portant le nom du département, un numéro d'ordre et le cachet de la Préfecture.
Art. 9. Une médaille spéciale sera accordée, sur la proposition du Préfet, aux gardes civils qui auront rempli avec zèle et discipline les fonctions qui leurs sont confiées.
Art. 10. Des arrêtés préfectoraux détermineront l'organisation des corps et détachements et en désigneront les chefs de tous rangs.
Art. 11. Les Ministres de l'Intérieur, des Finances et de la Guerre, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret.
Ce décret, comme le rapport qui l’a précédé, s’appuie sur les remontées préfectorales et les besoins locaux en matière de soutien à la gendarmerie. C’est ainsi que le 21 juin 1913 le préfet de la Haute-Marne, dans son rapport au ministre de l’intérieur écrit que « à la date du 8 avril dernier [1913], que les villes de Chaumont Langres et Saint-Dizier, me paraissent être les seuls centres du département, ou pourraient être créés des groupements de gardes communales. ». Mais il ajoute qu’à Chaumont huit sapeurs-pompiers et leur capitaine pourraient déjà en faire partie sans avoir recours à d’autres éléments, qu’à Langres, le manque d’effectifs de gendarmerie pourrait nécessiter une vingtaine de volontaires, et que pour Saint-Dizier une cinquantaine de gardes seraient à recruter. Cela ne semble pas relever de l’urgence. Le général du VIème corps d’armée est plus réaliste puisqu’il propose le 20 août 1913 Saint-Dizier, Wassy, Eclaron, Montier en Der et Chevillon pour le nord haut-marnais.
En mars 1914, les municipalités font remonter leurs listes et les fiches d'engagement des volontaires à la préfecture. La liste haut-marnaise est la suivante :
En juin 1914, le ministère de l'Intérieur demande l'organisation des détachements.
Il faudra cependant attendre le 2 août 1914, soit à la déclaration des hostilités, pour que le préfet se décide à publier un arrêté instituant des corps spéciaux de gardes civils, avec la nomination des responsables. La liste des communes concernée est la suivante :
Chaumont, Nogent, Châteauvillain, Arc en Barrois, Langres, Rolampont, Prauthoy, Hortes, Balesmes, Saint-Dizier, Joinville, Gudmont, Perthes, Roches sur Marne ; soit une quinzaine de communes d’importances différentes.
Le même arrêté précise que tout volontaire doit s’engager pour la durée de la guerre. Un brassard de couleur vert olive au nom du département est créé. La loi fixe une indemnité de fonction qui est au minimum de 3 fr. par jour pour les gradés et de 2 fr. pour les hommes. Elle peut être fixée dans chaque département à un montant plus élevé sans que ce dernier excède 4 fr. 50 pour les gradés et 3 fr. pour les gardes.
L’action des gardes civiles communales est peu connue au niveau départemental. En pratique leurs activités semblent s’être résumées à de la surveillance des passages à niveau. Ils connaissaient relativement bien les habitants du secteur, et pouvaient ainsi déceler tout passage non autorisé d’étrangers.
Il faut bien dire que les gardes communales ont à peine eu le temps d’entrer en fonction !
Le préfet ayant nommé les responsables le 2 août, à peine plus de deux mois après, le président de la République publie un décret qui  stipule dans son article premier « Les corps spéciaux de gardes civils institués en conformité des dispositions dudit décret, seront supprimés à partir du 1er novembre 1914 ». Officiellement supprimé dans le département le 20 octobre 1914, les révolvers et cartouches des gardes civils volontaires  ont été remis aux directeurs des parcs d’artillerie de Langres et d’Epinal. Les armes ont servi à l’équipement des appelés.
Sources: Archives de Haute-Marne R729; http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr

vendredi 1 juin 2012

Essai d'analyse pour évaluer l'émigration haut-marnaise vers l'Algérie (seconde partie)

Seconde partie: les demandes de secours

La première partie de cette étude sur l'émigration à destination de l'Algérie pendant la période 1830 / 1870 nous avait montré que les demandes de passeports étaient insuffisantes pour essayer d'en mesurer l'importance.

En plus des registres de passeports, la série M des archives départementales conserve divers documents et circulaires relatifs à cette période. Dans une enquête sur l’émigration à destination de l’Algérie, le représentant de l’Etat écrit en 1845 que « l’émigration dans le département de la Haute-Marne a été presque nulle. Le petit nombre des individus qui se sont rendus en Algérie, se compose presqu’exclusivement d’ouvriers qui ne trouvant pas à s’occuper dans leurs localités d’une manière assez fructueuse, ont voulu tenter la fortune dans un pays où les salaires sont plus élevés », et ce pour la période 1830-1842 sans donner plus de précisions quant au nombre réel de personnes parties. 
Par contre un état des secours accordés aux migrants à destination de l’Algérie pour les années 1846 à 1865 est beaucoup plus instructif. Il enregistre 12284 mouvements se répartissant comme suit :


Le graphique de répartition par années montre quelques pics de départs biens précis :


Cependant les années de forts contingents ne correspondent pas forcément à celles de plus fortes délivrances de passeports. Ce graphique montre qu’il y a bien eu plusieurs vagues de départs tout d’abord en 1846-1847 puis en 1850-1856.
La répartition des départs par commune et par année montre plusieurs tendances : 


La lecture de celui ci fait ressortir que les courbes des secteurs de Langres et de Bourmont ont les mêmes pics de départs, et aux mêmes périodes (1847 et 1855), contrairement à Chaumont, Saint-Dizier et Joinville dont le pic est atteint dès 1851 et qui ne connaîtra pas de seconde vague d’émigration.

Sur la même période, et selon les recensements, la population départementale a évolué de la manière suivante :

La période 1843-1853 est celle qui voit le département dépasser les 260.000 habitants pour atteindre un pic de population de 268.398. Celle ci décroîtra ensuite jusqu’à nos jours. 
On constate que cette année 1851 coïncide avec celle des pics de départs des secteurs de Chaumont, Saint Dizier, et Joinville. Y a t il un lien ?
A l’exception de Chaumont qui voit sa population continuer à augmenter jusqu’en 1863, les autres communes décroissent à partir de 1854.
Parmi les facteurs avancés comme étant la cause du déclin démographique, on cite habituellement, la baisse de la fécondité  le choléra et la fin de l’âge d’or de la métallurgie haut-marnaise. Faut-il pour autant négliger l’émigration sachant qu’on considère que l’exode rural lié au manque d’industrie n’a commencé qu’à partir de 1861 ?
Nous pouvons étudier les migrations apparentes à partir de l’évolution de la natalité et de la morbidité:

Avant d’analyser ces données notons que pour la période 1821-1830 celles ci ne sont que des estimations puisque les recensements de population n’existaient pas et donc les naissances et les décès sont évalués. Remarquons aussi que des personnes ont pu décéder ailleurs que dans leur département de naissance, mais que l’inverse est également possible, ce qui grosso modo se neutralise. 
Compte tenu de ces précisions le tableau fait ressortir des périodes d’émigrations en1826-1830 ; 1836-1845 ; et à partir de 1851.
En ne conservant que la période 1851-1855 pour laquelle nous avons des données fiables quand au nombre d’émigrés aidés par les communes pour partir en Algérie, on s’aperçoit que 6604 personnes ont émigré vers la colonie d’Afrique du nord (1007+835+977+1224+2561) sur un dépeuplement  théorique de 15197 habitants, ce qui représente 43,45% du déficit.
Si on fait le même calcul pour la période suivante1856-1860, on obtient 1077 (653 + 202 + 94 + 34 +94)  ce qui sur un total de 2548 départs donne un ratio de 42,26%
On peut donc affirmer que sur la décennie 1851-1860 les départs vers l’Algérie ont représenté 43,28% de la diminution de la population enregistrée pendant cette période ; ce qui est loin d’être négligeable. Les études de démographie  reconnaissent toutefois que le département a été une zone d’émigration pour la période 1851-1855  puis pour 1881-1885 sans donner de destination précise à ce flux migratoire.
Nous n’avons malheureusement aucune donnée fiable pour la période 1836-1840 et nous devons nous en tenir aux propos de la préfecture qui tendait à tenir pour valeur négligeable le nombre de personnes parties, à cette époque, outre-méditerranée.

Peut-on encore affirmer que la Haute-Marne n'a pas été une terre d'émigration à destination de l'Algérie? Assurément non si on s'en tient aux demandes de secours qui ont concerné 12284 personnes. Contrairement à la Haute-Saône voisine, aucune commune algérienne semble n'avoir été fondée par des haut-marnais. Pour compléter cette étude, il faudrait essayer de retrouver les foyers d'émigration en Algérie. Si les lecteurs de ce blog ont trouvé des haut-marnais, non militaires, qui ont émigré en Algérie entre 1830 et 1870, je leur saurais gré de bien vouloir me faire part de leurs découvertes.

Didier Desnouvaux

mercredi 23 mai 2012

Essai d'analyse pour mesurer l'émigration haut-marnaise vers l'Algérie (première partie)

Première partie: Les passeports



L’étude des passeports délivrés à destination de l’Algérie ou des ports d’embarquement de Marseille et de Toulon ne laisse pas entrevoir de fort courant d’émigration après la conquête du pays.  

La période étudiée couvre les années 1833 à 1870 pour lesquelles les registres de passeports ont été conservés aux archives départementales. On remarque que les années 1854 - 1855 et 1856 sont celles pendant lesquelles les délivrances ont été les plus nombreuses, qu’après 1865 la destination n’attirait plus les colons qui ne semblent ne s’être intéressés au pays qu’à partir de 1841. Les 3 départs de l’année 1833 semblent être une exception, à moins que ce ne soit la fin d’une première vague survenue de 1830 à 1833. Mais les donnés manquent pour être affirmatif sur ce point.
Les personnes qui obtiennent des passeports sont très majoritairement nés et domiciliés dans le département. Ce qui fait que sur un total de 215 passeports, 139 sont originaires du département, soit 64%. Le reste étant composé de personnes y étant domiciliés depuis plusieurs mois, voire années. A noter que pour près de 7% des demandes aucun lieu d’origine n’est indiqué.

Nés et domiciliés dans le département : 137
Nés dans le 52 et domiciliés hors du département:  2
Nés hors 52 et domiciliés dans le département: 56
Nés et domiciliés hors département : 6
Lieu de naissance inconnu: 14




Les passeports sont délivrés pour les destinations suivantes :
Marseille 166


Afrique (sans précision) 1
Toulon 21
Inconnue 1
Alger 9
Tunisie 1
Constantine 2
Algérie (sans précision) 3
Oran 2
Bone 3
Jemmapes 1
Mascara 2
Mostaganem 1
Sétif 1
Stora 1
On peut considérer que 212 passeports sont donc bien à destination de l’Algérie.  Marseille et Toulon étant les ports d’embarquements pour cette destination, un calendrier était défini pour indiquer les jours et heures de départ ou de retour depuis différents ports d’Afrique.  Les navires effectuant la traversée depuis Toulon partent les 8 –18 et 28 de chaque mois de l’année 1846, ceux au départ de Marseille la font les 5-10-15-20-25-30 et déposent leurs passagers à Alger 2 jours plus tard. Des navires font également le parcours avec pour destination Oran les 3 et 18 de chaque mois, ainsi que pour le port de Stora les 8 et 23 ; les durées étant alors respectivement de 3 ou de 2 jours.
Sur les 215 passeports délivrés 54% l’ont été à des familles, et 46% à des personnes seules, dont seulement 8% de femmes. 81% des familles ont des enfants. On peut aussi noter quelques domestiques et des familles composées de personnes du même sexe mais qui sont ascendants ou descendants.


Le détail des passeports nous montre que ceux ci concernent un total de 510 personnes provenant de plus de 70 communes haut marnaises majoritairement situées dans le sud et sur la frange est du département. Il est à noter que pour 44 personnes le nom de la commune de naissance n’est pas indiqué.




Langres 76
Anrosey 4
Guyonvelle 2
Voisey 62
Ranconnieres 4
Laferte Sur Amance 2
Chaumont 40
Beurville 3
Recourt 2
Non déterminé 34
Joinville 3
Vesvres Sous Chalancey 2
St Dizier 33
Chauffourt 3
Liffol Le Petit 2
Marcilly En Bassigny Plesnoy 24
Riviere Les Fosses 3
Humbecourt 2
Gilley 21
Lafauche 3
Hoericourt 2
Prauthoy 15
Laneuvelle 3
Bourdons Sur Rognon 1
Pierrefaites 14
Wassy 3
Enfonvelle 1
Bourbonne Les Bains 12
Andelot Blancheville 2
Villars St Marcellin 1
Genevrieres 11
Coupray 2
Chateauvillain 1
Tornay 10
Genrupt 2
Brethenay 1
Charmoy 7
Huilliecourt 2
Treix 1
Torcenay 7
Illoud 2
Le Puits Des Mezes 1
Balesmes Sur Marne 7
St Thiebault 2
Choiseul 1
Bourmont 6
Blessonville 2
Vaux La Douce 1
Bonnecourt 6
Brottes 2
Velles 1
Marnay Sur Marne 6
Fontaines Sur Marne 2
Bourg 1
Soulaincourt 6
Eurville Bienville 2
St Michel 1
Melay 5
Doulaincourt Saucourt 2
Donnemarie 1
Saulles 5
Bouzancourt 2
Vaux Sous Aubigny 1
Chalindrey 5
Courcelles Sur Blaise 2
Perthes 1
Lariviere Arnoncourt 4
Bussieres Les Belmont 2
Coiffy Le Bas 1
Roches Sur Rognon 4
Gillancourt 2
Varennes Sur Amance 1

La répartition de ces migrants par canton d’origine nous confirme bien que le sud haut marnais a été affecté par la majorité des candidats au départ :





Les cinq plus gros cantons sont ceux de Laferté (86), Langres (84), Fays Billot (63), Chaumont (45), Saint-Dizier (38) qui représentent à eux seuls 62% des partants.

Si on ne s’en tenait qu’à ces seules données, nous pourrions affirmer que la Haute-Marne n’a pas fourni un gros contingent de migrants pour coloniser l’Algérie. 
Mais les registres de passeports conservés sont incomplets, et 

certains documents tendent à contredire cette assertion....

à suivre .... 

lundi 5 mars 2012

Papiers !

Les passeports haut-marnais


Avec la révolution on vit s'instaurer à partir du 1er février 1792 un passeport pour se déplacer à l'intérieur de la France, et sortir de son canton. Les passeports, documents obligatoires contrôlés par la police et valable pour un an seulement, permettaient aux autorités de suivre les migrations.
Il existait les passeports pour l'intérieur, pour aller de province à province, et aussi des passeports pour partir à l'étranger cinq fois plus chers (2 francs et 10 francs). Ceux pour l'étranger étaient délivrés par la préfecture et les sous-préfectures, ceux de l'intérieur l'étaient par les maires et à Paris, par le préfet de police. Les municipalités consignaient sur un registre numéroté les créations, les renouvellements et paraphaient les passeports des migrants de passage. Sans passeport, il était impossible d'obtenir un travail.
Ce décret subit des modifications successives en 1807, 1810, 1814, 1815,1816, 1818, 1823 mais sans remettre en cause le passeport. En 1828 les gens doivent dire combien ils ont d'argent à emporter afin de ne pas être à charge des communes portuaires, et doivent être en règle vis à vis du fisc, les jeunes gens quant à eux ont l’obligation de justifier leur situation militaire. Chacun pouvait être contrôlé sur les routes, dans les diligences ou les auberges.

Les faits graves qui auraient justifié ce rétablissement en 1834-35 étaient les suivants: bataille de rues des 13 et 14 avril 1834 à la suite d'émeutes populaires à Paris et à Lyon. Il est cependant de fait que jusqu'à la fin du Second Empire, le passeport intérieur fut demandé, sans réglementation spéciale, de tous les voyageurs "à pieds", ouvriers, journaliers, saisonniers, allant de ville en ville à la recherche d'un emploi, qui étaient considérés par les autorités comme faisant partie de la classe dangereuse pour le pouvoir et les municipalités.
Mais, l'usage des passeports pour l'intérieur fut peu à peu abandonné à partir de 1860 sans vraiment avoir été officiellement supprimé.
Le passeport délivré par les autorités est identique pour tous les départements et toutes les régions de France. Il indique seulement le type dont il s’agit (Intérieur, indigent, ou étranger) A chaque passeport correspond une souche gauche conservée par la mairie ou la préfecture. Imprimé sur un papier qui empêche le grattage ou l’altération, il comprend le nom du demandeur, son prénom, l'âge du titulaire et son lieu de naissance. En l'absence de photographie, le passeport, délivré par les mairies, comportait une description physique précise du titulaire ainsi que le rappel des signes particuliers qu'il pouvait présenter suivis de quelques observations concernant éventuellement sa situation par rapport à la conscription. Il mentionnait également le nombre de personnes qui accompagnaient le titulaire du document officiel.
Certains passeports pouvaient être délivrés gratuitement aux personnes ayant peu de revenus; certains l’étaient avec secours de route pour permettre à la personne de rentrer à son domicile (photo)
Les archives du département de la Haute-Marne conservent plusieurs registres de passeports gratuits délivrés à des personnes démunies , ce qui n’est pas le cas des autres départements, en plus de ceux des passeports payants.






Sources:
Extrait du courrier des lecteurs de la Revue Français de Généalogie n°164, juin juillet 2006
L’Histoire n°350 février 2010
ADHM série M